Je veux que les choses soient très claires : les textes publiés sur ce site ne constituent en rien une nouvelle pierre à l’édifice égotique universel que constitue la critique de cinéma contemporaine, bercée par les « moi, je pense », les tautologies stériles et les ambitions d’influences rémunérées. Mes courtes rédactions spontanées tiennent davantage de la fleur sauvage qui s’éveille timidement début avril, au détour des chemins de campagne ; floraisons invisibles que l’on piétine volontiers mais dont certaines font parfois de jolis petits bouquets, à peu de frais, afin d’égayer la table de la salle à manger.
La véritable critique cinématographique est un art que peu de cinéphiles maîtrisent à la perfection ; elle nécessite un œil fertile, de l’intuition et un incroyable talent d’écrivain-passeur, afin d’atteindre en quelques lignes simples, quelques pages, une vision transfigurée des images originelles, une nouvelle création à propos de la création, capable d’illuminer les méandres d’un passé parfois cruel avec les œuvres de grande qualité. Je ne suis pas de ces éclaireurs ; je n’en ai ni le talent, ni la splendeur.
Les textes ici présentés convoquent les films de ma (jeune) vie, ceux qui restent en mon esprit depuis le premier visionnage, ceux que j’aime d’une passion inexplicable, irrationnelle bien souvent, ceux qui reviennent brutalement hanter mon expérience après des années de promiscuité distante, ceux que je (re)découvre avec le temps qui s’efface, ceux qui s’agrippent à mes rêves pour tenter d’éclairer l’époque. La liste ainsi accumulée et présentée sous forme d’articles courts constituera, sans doute, un grenier de souvenirs cinéphiles intimes – forcément partagés avec le lecteur anonyme, peut-être égaré, puisque c’est l’essence de l’art.
Guidé par une forme d’honnêteté et de retenue, respectueuses des grands précédents, admiratif du talent des autres (je ne suis qu’une midinette, finalement), je laisserai des films de côté – des chefs-d’œuvre probablement, sur lesquels tout a déjà été dit, ou presque.
Les commentaires sont ouverts, non par goût du débat, mais pour conserver l’illusion que je ne suis pas encore tout à fait despote en mon royaume des mots.
Bonne lecture.
Julien Morvan
Mars 2025